Participation au jury et entretien avec Clara Delmon

RENCONTRES INTERNATIONALES SCIENCES & CINÉMAS

cinéma les Variétés

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L’Association Polly Maggoo http://www.pollymaggoo.org/ programme la 10e édition des RENCONTRES INTERNATIONALES SCIENCES & CINÉMAS (RISC) à Marseille, au cours desquelles l’association programme des films à caractère scientifique. Les projections se déroulent en présence de chercheurs et/ou de cinéastes dans la perspective d’un développement de la culture cinématographique et scientifique en direction des publics scolaires. Ce dimanche 20 novembre, je suis venu échanger au côté de Serge Dentin et Caroline Renard (Maître de conférences en études cinématographiques à Aix-Marseille Université), autour de films traitant du rapport fiction/réel, de la mémoire, et du temps. Une occasion aussi de parler du métier de chercheur.

  • Date
    25 Avril 2016
  • Location
    cinéma les Variétés
  • Programmation
    “addendum” court métrage de Jérôme Lefdup et “Poétique du cerveau” long métrage de Nurith Aviv

entretien avec Clara Delmon

L’occasion aussi d’un entretien avec Clara Delmon dans le cadre de son mémoire de DSAA (Diplôme Supérieur d’Arts Appliqués) mention Design Graphique à Marseille, disponible sur http://www.tonerkebab.fr/wiki/doku.php/wiki:proto-memoires:clara-delmon:clara-delmon et https://www.behance.net/claradelmon “L’échec de la perception”. Entretien avec Laurent PERRINET, rencontré à la 10e édition des RISC (Rencontres Internationales de la Science et du Cinéma) chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifque) à l’Institut de Neurosciences de la Timone à Marseille, spécialisé en perception visuelle.

Entretien

Entretien avec Laurent PERRINET, rencontré à la 10e édition des RISC (Rencontres Internationales de la Science et du Cinéma)chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifque) à l’Institut de Neurosciences de la Timone à Marseille, spécialisé en perception visuelle.  1 / Vous faites les Rencontres Internationales de la Science et du Cinéma depuis quelques années déjà, la science est de plus en plus présente dans les arts, comme avec certains courants artistiques comme l’Art Cinétique ou l’Art Optique, pourquoi pensez-vous qu’une telle interaction est présente à notre époque ? J’ai la sensation qu’il y a un intérêt grandissant pour l’étude du cerveau dans le domaine des arts et de la communication. À votre avis, pourquoi un tel besoin de donner de la poésie au cerveau, (ou du cerveau à la poésie) ? En effet, je participe aux Rencontres Internationales de la Science et du Cinéma depuis déjà deux ans déjà. Le but est simplement de rentrer en contact avec le grand public et partager ma passion pour l’étude de la perception visuelle et du cerveau plus généralement. J’attache beaucoup d’importance à ces rencontres car elle nous permettent aussi de mieux comprendre l’intérêt public pour le cerveau dans son fonctionnement normal mais aussi dans ses dysfonctions. C’est aussi une source d’inspiration pour savoir dans quelle direction il est important de plus creuser nos recherches. 2 / Vous travaillez notamment avec Etienne Rey sur des installations interactives, où la place et le ressenti du spectateur font l’œuvre. La vue est alors votre outil de travail essentiel, pourquoi ce sens est-il plus sensiblement exposé à l’expérience de l’illusion ? Qu’apporte l’expérience perceptive au spectateur ? En effet, en parallèle de ces actions de partage avec le public, je travaille aussi avec Étienne Rey, un artiste plasticien résidant à la Friche Belle de mai à Marseille. Notre travail s’articule autour de l’ambiguïté de l’expérience perceptive du spectateur. Est-il en train de se regarder lui-même dans un miroir ou le miroir est-il lui-même une œuvre d’art ? 3 / Les graphistes d’aujourd’hui ont tendance à brouiller les codes, déformer, rendre illisible, en bref utiliser la complexité de l’image pour en complexifier la lecture. Pensez-vous qu’une image où on ne voit rien puisse en dire plus ? C’est-à-dire, pensez-vous qu’en accentuant l’acte de lecture, le designer graphique amène à son lecteur une activité qui consisterait non plus seulement à déchiffrer un message (présentation d’un évènement, publicité…) mais à s’observer lui-même en tant que lecteur ? Le travail du système visuel est de décoder les messages ambigus qui lui sont délivrés par la rétine. En créant des oeuvres graphiques qui brouillent les codes et en les déformants, on oblige le cerveau à avoir une démarche plus active par rapport au décodage du message fourni. Tout le travail du graphiste consiste donc à indiquer ce processus actif tout en conservant l’intégrité du message. 4 / Ces images utilisent le plus souvent des trames, des rayures, des distorsions qui captent notre attention. Pourquoi notre œil est plus attiré par ce qui est en mouvement ? Notre oeil est attiré par tout ce qui est surprenant. Cela inclut donc tout ce qui ne peut pas arriver par hasard comme des bouts de lignes alignés. Mais notre oeil est aussi attiré par ce qu’il trouve surprenant de ne pas pouvoir prédire, comme par exemple des lignes qui sont légèrement décalées ou un objet qui est en mouvement. Un processus actif s’établit alors pour comprendre cette stimulation avec de nouvelles hypothèses. 5 / Il semblerait que notre œil soit attiré par des formes, des couleurs, des objets particuliers qui diffèrent pour chacun d’entre nous. Il y a dans la perception visuelle des notions de pulsions, de désirs, un besoin de voir, comment expliquez-vous que le cerveau soit sans cesse en quête et en attente d’images ? Pour moi la perception visuelle n’est pas juste un cinéma à l’intérieur du cerveau ! C’est un processus vital qui sert à mieux interagir avec l’environnement. À ce titre il est toujours en quête de nouvelles images pour améliorer ce rapport au monde que l’on construit sans cesse. Il faut voir par exemple comment un enfant manipule des objets. Il le fait pour mieux comprendre les images de ces objets et la façon dont il peut interagir avec le monde. 6 / On l’a vu notamment dans le film Poétique du Cerveau de Nurith Aviv diffusé à cette 10e édition du RISC, la mémoire et l’expérience visuelle de chacun influent sur notre perception. Vous avez parlé d’ « autopoïèse », cela signifie-t-il que nous voyons tous les choses différemment ? Est-ce qu’un système de données pré-établies est formé par notre cerveau au cours de nos années de vie et sert de « lunettes » pour voir le monde ? La perception visuelle est un processus actif de compréhension d’une représentation du monde. Elle est donc propre à chacun car elle se construit avec notre expérience et la façon dont nous interagissons avec le monde visuel. Mais ce monde est le même pour chaque individu et nous partageons les mêmes codes et les mêmes systèmes pour apprendre à nous représenter ce monde. Nos « lunettes » sont donc propres à notre expérience mais elles ont sûrement beaucoup en commun entre individus. 7 / Peut-on enlever ces lunettes? Des expérimentations optiques comme celles d’Etienne Rey ou celles de designers graphiques conduisants une réflexion sur notre vision peuvent-elles amener une nouvelle expérience visuelle remettant en question notre activité perceptive? On ne pourra jamais enlever ses lunettes ! Pour voir, on est obligé d’interagir avec le monde. Toute perception est une interprétation et ne pourra jamais être absolue : le monde physique nous est « caché » par la médiation avec nos sens, qui par essence sont toujours ambigus. Par contre, ces expérimentations optiques permettent de mieux comprendre les limites de cet aspect de notre perception visuelle et ainsi de donner un accès plus direct avec cette conscience du monde visuel. 8 / Le mécanisme d’anticipation mis à l’œuvre dans notre cerveau faisant intervenir notre mémoire et notre imagination dans la constitution d’une image stable ne nous éloigne-t-il pas trop de la réalité ? Il y a une « imagination anticipative » et une confirmation de ce réel par la mise en tension de nos projections avec la situation présente, ce système n’est-il pas proche de celui de l’illusion d’optique ? Au contraire je pense que ces mécanismes d’anticipation sont plus proches de la réalité que celle qu’on imagine être la « vraie » réalité. Par exemple on ne voit que dans un spectre de lumière très défini alors que les objets visuels existent potentiellement par exemple dans la lumière ultraviolette. Cette réalité là n’est visible qu’avec des appareils spécialisés. Pour moi la seule réalité qui vaille, c’est la réalité de la construction qui est opérée dans la perception visuelle et non la réalité généralement établie du monde physique externe à nos sens. En comprenant mieux les mécanismes qui nous permettent de simuler cette réalité physique externe, nous sommes plus objectifs par rapport aux limites de notre connaissance du monde. À ce titre je pense que ces mécanismes d’anticipation sont donc plus proches de la réalité par rapport à une réalité objective telle qu’on se la représente traditionnellement.

Laurent U Perrinet
Laurent U Perrinet
Researcher in Computational Neuroscience

My research interests include Machine Learning and computational neuroscience applied to Vision.